Satisfecit de l'école inclusive ... mais pas pour tous !

Publié le par Moscillo Sylvie

Satisfecit de l'école inclusive ... mais pas pour tous !

Face aux satisfecit de l’Éducation Nationale lors de la Conférence Nationale du Handicap ...
le mécontentement des associations sur une réalité de terrain bien plus sombre !


Droit de réponse

 

L'école pour tous, c'est celle qui respecte le droit à l'égal accès à l'instruction et à la culture inscrit dans la constitution de 1946, un droit qui a valeur de liberté fondamentale.

Sous l'impulsion de la législation européenne, notamment la Convention Internationale des
Personnes Handicapées et la Convention Internationale des Droits des Enfants est née la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, de la participation et de la citoyenneté des personnes handicapées. Un texte qui au nom de la solidarité nationale rappelle à la fois ce droit constitutionnel pour nos enfants et réaffirme d'autre part l'obligation du service public de
l'éducation d'assurer la formation scolaire, professionnelle et supérieure de tous les enfants,
adolescents et adultes en situation de handicap.

La loi du 11 février 2005 devait donner corps à l'école accessible pour tous, celle qui s'adapterait à la différence des enfants au lieu d'adapter les enfants au système et d'exclure ceux qui ne s'adapteraient pas.

Le concept de l'école inclusive, inscrit dans la loi de la Refondation de l'école adoptée en début de quinquennat (2013) est indéniablement un changement de paradigme en ce qu'il ne s'agirait plus que l'école assure la formation scolaire pour tous mais qu'elle pourrait se contenter d'inclure ! Un bien joli sophisme pour ne pas respecter les droits fondamentaux de nos enfants et les priver de leurs libertés individuelles pour justifier que l'école de la République française soit celle qui crée le plus d'inégalité (35/37 pays dans le classement de l'OCDE).

Pour que l'école accessible pour tous puisse exister, il faudra bien plus qu'une simple étiquette
INCLUSIVE, bien mieux que quelques théories idéologiques de technocrates bien pensants. Il faut qu'elle s'adapte effectivement aux besoins spécifiques des élèves en mettant en place non pas des dispositifs ségrégatifs mais des pédagogies diversifiées, personnalisées et en mettant en place les mesures de compensation individuelles indispensables à rendre la scolarisation effective … et efficace. Voilà ce qu'est la responsabilité de l'éducation nationale. L'objectif du gouvernement ne peut se résumer à « permettre à chaque enfant de trouver une réponse adaptée à ses besoins spécifiques ». Puisque les réponses on les connaît, il s'agit de les mettre en œuvre avec les moyens financiers et humains correspondants !

L'éducation nationale nous livre des chiffres pour nous faire croire à des progrès depuis 2012. En réalité, la scolarisation des élèves en situation de handicap recule. Certes, le nombre d'enfants étiquetés « handicapé » ne cesse d'augmenter à l'école, mais celui des enfants exclus des classes ordinaires pour êtres orientés dans des classes ségrégatives ou dans des établissements médico-sociaux sans aucun accès à l'école de la République ne cesse d'augmenter aussi.

Si les MDPH tenaient des statistiques à jour sur les temps et les modalités de scolarisation, chacun pourrait voir ce que nos associations voient sur le terrain : des temps de scolarisation et
d'accompagnements qui se réduisent en peau de chagrin, des parcours d'enfants sans objectifs
d'apprentissage scolaire ….

La condescendance de Mme la Ministre est désobligeante quand elle affirme que : « Améliorer les parcours de tous les jeunes, c'est enfin penser la manière dont l'école permet aux familles
d'accompagner leur enfant tout au long de la scolarité. », Tout un chacun sait bien que l'école a  
pour mission d'enseigner aux enfants, non pas de permettre aux parents d'accompagner leurs
enfants  ! Par contre, pour améliorer le parcours des élèves handicap, il est indispensable de
respecter la place et la parole de leurs parents qui sont bien plus aux faits des difficultés de leurs enfants et des adaptations nécessaires que l'école.

Il ne coûte rien de prendre des engagements concernant les AVS/AESH pour le prochain
quinquennat … on veut encore espérer que l'accompagnement de nos enfants sera effectivement réalisé par des professionnels réellement formés à ce métier et que ces personnels seront engagés dans des conditions moins précaires.

Dans le cadre du grand plan numérique actuellement déployé dans les établissements scolaires,
Mme la Ministre affiche le souhait que tous les nouveaux projets de ressources numériques
soutenus par le ministère intègrent les exigences d'accessibilité prévues pour les élèves en
situation de handicap. En résumé, l’Éducation Nationale respecterait ainsi l'exigence d'accessibilité universelle prévue par la loi de 2005. Ce souhait est bien insuffisant : voilà des années que nos associations réclament la mise à disposition de manuels scolaires adaptés ou numérique, les cours en ligne du CNED accessibles à tous, une bibliothèque nationale de logiciels informatiques spécifiques pour les enfants à besoins éducatifs particuliers. Nous aurions aimé savoir si Mme la Ministre à l'intention de répondre à ces trois demandes, quand et comment.

Nous apprécions bien sûr cette volonté affichée de veiller à ce que les activités périscolaires, dans le cadre de la réforme des rythmes éducatifs, soient davantage accessibles. Et pour ce faire, il faudrait que l'éducation nationale se rappelle là aussi sa responsabilité : L'accompagnement des enfants en situation de handicap sur le temps périscolaire fait partie des missions confiées aux AVS/AESH. Voir annexe II de la circulaire N° 2003-093 du 11 juin 2003. Mme la ministre nous induit en erreur en nous orientant vers la CAF. Cet accompagnement périscolaire pour tout ce qui concerne le handicap s'obtient en s'adressant au guichet unique qu'est la MDPH.

Nous regrettons par contre que cette belle certitude « que tous les enfants partagent la capacité
d'apprendre et de progresser » affichée en haut de page soit oubliée quelques paragraphes plus loin quand on finit par nous expliquer que certains jeunes, du fait de la nature ou du degré de handicap, ne peuvent fréquenter l'école sans l'accompagnement des professionnels du médico-social. Pour peu que l'on connaisse à minima la définition du handicap, on comprend alors que les enfants, quel que soit leur handicap n'ont jamais besoin du médico-social mais de soins, de rééducation pour leurs troubles et d'avoir accès à l'instruction avec des adaptations, des compensations.

Jamais avant ce quinquennat, nos enfants n'avaient eu autant de difficultés à être scolarisés. Mme la Ministre est habile : la loi de 2005 n'est pas abrogée. Elle doit donc veiller à sa stricte mise en œuvre par l'ensemble des services et des personnels de l'éducation nationale. Rien ne sert de mettre en avant la loi de 2013 : le droit commun en matière de scolarisation ne peut pas revenir sur les droits spécifiques acquits pour les élèves handicapés par la loi de 2005.

Ce slogan de l'école inclusive ne servirait-il qu'à se donner bonne conscience pour s'engager sur la voie … d'un retour en arrière.

D'aucun déplorent déjà les conséquences de telles dérives. Comment parler de la société de demain, plus juste et humaniste si l'école d'aujourd'hui sombre dans la ségrégation et la discrimination des élèves handicapés, en foulant aux pieds les lois de la Républiques et les droits définis par la Convention Internationale des Droits des enfants ratifiée depuis 26 ans ?
Rien ne sert d'invoquer à tout bout de champs les valeurs de la République si l'on reste impuissant à mettre en œuvre le droit.

Quelle idée de Mme la Ministre d'évoquer un   « projet d'idéal d'égalité » alors que la loi du 11
février 2005 détermine l'égalité des droits et des chances des personnes handicapées, notamment dans le cadre scolaire. Et l'égalité des droits et des chances passe par l'équité des traitements, la diversification des pédagogies, l'adaptation des supports et des outils, par la formation des enseignants.

Et pour entendre cette souffrance, encore faudrait-il faire taire la dialectique pour le plaisir de
s'écouter discourir, la mise en scène de ce satisfecit d'un travail partenariat où nos enfants servent au mieux à obtenir des subventions publiques et à justifier les salaires des professionnels pour revenir à un service public qui travaille au service de l'éducation de nos enfants.

Plus encore que de prétendre donner des leçons sur le nécessaire changement de regard, il
faudrait déjà que ceux qui nous dirigent aient le courage et l'humilité de poser le regard sur la
situation de nos enfants au banc de la société, laissés sur le bord du chemin.

Le retard colossal de la France en matière de scolarisation des élèves en situation de handicap
devrait à minima nous permettre de nous inspirer de ce qui se passe et qui fonctionne chez nos
voisins et profiter de leurs décennies d'expérience.

Nous vous demandons, Mme la ministre, de sortir des pétitions de principe et des effets
d'annonces afin de vous consacrer à ce que l’Éducation Nationale remplisse ses missions en
conformité des lois de la République.

 

 

 

Defis74 - Handicaps & Scolarité
Parents en colère 77
Handi'gnez-vous
Neptune
Satedi
Des ailes pour Lissandre
Info Droit Handicap

 

Commenter cet article

Mathilde Pommier 10/06/2016 09:48

Il y a eu quelques petites avancées par rapport à l'époque où ma fille était enfant (elle a 43 ans). Mais peu, fragiles, et trop souvent sans les moyens ni les compétences. Je l'ai vécu par mon petit-fils, et aussi parce que je fais des ateliers conte dans les écoles (je suis conteuse professionnelle et j'ai un peu enseigné comme prof de français-latin). Il y a un recul actuellement faute d'argent, joint à beaucoup de suffisance, souvent destinée à masquer les manques.